Sud-Soudan, 1 mai 2009. Nouvelle libération d'esclaves islamisés de force. Ils témoignent de l'enfer qu'ils ont vécu.
Sur le ballast de l'horreur.
". Notre véhicule tout terrain est stoppé sur le ballast défoncé. La ligne de chemin de fer rectiligne et les acacias gris de poussière se fondent à l'horizon, dans l'air miroitant sous l'effet de la chaleur. A de nombreux endroits, la voie ferrée se dresse au dessus du sol, deux wagons rouillés sont couchés dans le sable. On peut encore lire le nom du fabricant: Midland Works, Birmingham 1938.
Il y a huit ans, on pouvait encore voir de loin les trains qui traversaient le pont métallique sur le fleuve Lol. Ils apportaient des armes, des munitions et des vivres pour les soldats de Khartoum retranchés le long de la ligne de chemin de fer, à des endroits comme Aweil et Ariath, au Sud-Soudan. Au retour en direction du Nord, les wagons étaient pleins de butin de guerre: mil, riz, arachides,
chèvres, vaches, mais aussi des femmes et des enfants capturés.
Ablutions rituelles
Près de Rum Arol, les guides arabes ont regroupé une centaine d'esclaves. A notre arrivée, deux d'entre eux sont agenouillés, le visage appuyé contre le sol poussiéreux. Comme dans une mélopée, ils répètent les mots «Allahu Akbar, Allahu Akbar», puis récitent des sourates entières du Coran. Dumas et Mohammed ont laissé leur chapelet au Nord-Soudan. En revanche, le petit récipient d'eau est toujours là. Comme tous les musulmans fervents, ils ne négligent aucune des ablutions rituelles prescrites par l'islam.
Dans un train bringuebalant
Il y a vingt ans, Dumas, âgé de 11 ans, s'est retrouvé, malgré lui, passager du train reliant Aweil à Meiram, au Nord-Soudan. Des Arabes l'avaient parqué, ainsi que sa s½ur et de nombreux autres enfants, également des femmes, dans les wagons borgnes. Ils voyaient la lumière du jour seulement à travers les fentes du plancher du train de marchandises bringuebalant, qui progressait lentement sur les voies sinueuses. Dumas et sa s½ur étaient de famille chrétienne. Alors a commencé, pour le jeune garçon, un temps de souffrance qui ne s'est terminé que le 16 mai 2009
Au moment de sa libération, celui qui avait été un chrétien baptisé du nom de Peter Deng aurait pu être pris pour un musulman arabe, n'eussent été ses traits négroïdes. L'homme au turban blanc raconte son histoire avec une vivacité incroyable. Dumas a été circoncis et a appris l'arabe dans une école coranique. Il danse devant nous une danse arabe traditionnelle, que nous filmons en vidéo. Ce que l'esclave relate au sujet de sa s½ur donne comme un aperçu de l'enfer. Son maître Ali a abusé d'elle devant lui et il l'a menacé qu'il subirait le même sort en cas de désobéissance. «Sur le moment, je n'ai pas compris ce que cela voulait dire. J'ai compris plus tard, quand il a fait subir ça à Garang, un autre garçon esclave. Nous avons tous été pétrifiés d'horreur.» Notre interlocuteur pointe son ½il du doigt: «J'ai vu moi-même comment un homme abuse ainsi un garçon.» Abusé de la sorte, Garang n'a pas survécu à de telles affres. Lorsque, un jour, l'une des chèvres que Peter Deng surveillait est entrée dans le jardin potager d'Ali, l'Arabe s'est lancé aux trousses du garçon. «J'ai couru comme un fou. Il m'a pourchassé à travers les broussailles jusqu'à ce que mon corps soit tout ensanglanté.» Peter Deng n'a pas voulu dire si son bourreau l'avait finalement rattrapé et ce qui s'était passé ensuite.
Une pratique courante:
Lors de nos missions effectuées au Sud-Soudan, l'affreuse pratique du viol d'hommes par d'autres hommes au Nord-Soudan est souvent revenue à nos oreilles. L'ordre social musulman impose une stricte séparation des sexes. Alors, les jeunes Arabes «s'exercent» sans remords avec les garçons dinka, considérés comme inférieurs et «infidèles». Ces agressions sexuelles sont très fréquentes. Personne n'en parle et de tels faits paraissent rarement ou pas du tout sur les manchettes de notre presse. Pour 200 esclaves, un cauchemar a ainsi pris fin peu avant Noël 2008. John Eibner a voulu les rassurer : «Personne parmi vous ne doit avoir honte d'avoir été réduit en esclavage. Ceux qui doivent avoir honte, ce sont seulement ceux qui ont abusé de vous et vous ont humiliés de cette façon. Mais, aujourd'hui, vous êtes libres.»
Selon un comité du gouvernement de Khartoum, au moins 35'000 personnes sont encore retenues captives au Nord-Soudan. Elles sont toujours victimes de mauvais traitements et islamisées de force. En 2009, CSI va encore se mobiliser avec ardeur pour les faire libérer. Dans la partie sud du Soudan, les chrétiens sont heureux que ceux qu'ils croyaient perdus soient de retour. Maintenant, les blessures de l'âme commencent à guérir; les églises croissent. CSI continue à ½uvrer afin que l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire du Soudan appartienne bientôt au passé.
Les cris de détresse des esclaves montent jusqu'au ciel.
Des Arabes ont attaqué le village d'Ajok, alors qu'elle était seule à la maison avec ses enfants. Pendant la marche à pied vers le pays de la servitude, ses ravisseurs lui ont arraché son bébé des bras et l'ont tué en le projetant contre un arbre. Comme elle pleurait, ils lui ont sectionné le bout d'un doigt.
Akech, 11 ans, a été circoncis alors qu'il était esclave et croit, maintenant, qu'il est musulman. Au cours de sa jeune vie, le garçon a connu seulement les coups et les insultes. Ses jambes sont couvertes de blessures non soignées. Le 17 mai il a enfin était libéré.